RDC : la bataille autour de la Constitution s’intensifie après les déclarations de Félix Tshisekedi
Le débat sur une possible révision de la Constitution congolaise prend une nouvelle ampleur en Democratic Republic of the Congo. Après les récentes déclarations du président Félix Tshisekedi évoquant une réforme constitutionnelle et la possibilité d’un troisième mandat « si le peuple le veut », le parti d’opposition Ensemble pour la République dénonce ce qu’il qualifie de « coup d’État institutionnel ».
Stephane WDK
Journaliste
10 mai 2026 à 02:17
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La tension politique monte à Kinshasa autour de l’avenir de la Constitution de 2006.
Dans une déclaration politique publiée ce vendredi 8 mai, le parti Ensemble pour la République de l’ancien gouverneur du Katanga Moïse Katumbi a vivement réagi aux propos tenus cette semaine par le président Félix Tshisekedi lors de sa conférence de presse organisée mercredi à Kinshasa.
Au cœur de la polémique : l’éventualité d’une révision de la Constitution congolaise et les déclarations du chef de l’État laissant entendre qu’une réforme de la loi fondamentale pourrait devenir nécessaire dans le contexte actuel du pays.
Pour Ensemble pour la République, ces propos constituent un signal extrêmement grave. Le parti estime que le pouvoir prépare progressivement une remise en cause des verrous constitutionnels protégeant l’alternance démocratique en RDC.
« Le régime de Monsieur Félix Tshisekedi ne propose pas une réforme : il organise un coup d’État institutionnel », affirme le mouvement dans son communiqué. Selon le parti d’opposition, la Constitution congolaise n’est pas responsable des difficultés sécuritaires ou institutionnelles actuelles du pays. « Ce ne sont pas les institutions qui ont trahi le Congo, mais les gouvernants qui ont trahi la Constitution », insiste le texte.
Le principal sujet d’inquiétude concerne l’article 220 de la Constitution de 2006, considéré comme l’un des piliers de l’équilibre politique congolais. Cet article interdit toute révision concernant notamment le nombre et la durée des mandats présidentiels.
Or, lors de sa récente sortie médiatique, Félix Tshisekedi a déclaré qu’il accepterait un troisième mandat « si le peuple le veut », des propos qui ont immédiatement ravivé les tensions politiques à travers le pays.
Pour Ensemble, cette orientation représente une menace directe contre l’ordre constitutionnel établi après les guerres qui ont marqué la RDC au début des années 2000. Le parti rappelle que la Constitution de 2006 avait été adoptée par référendum avec plus de 85 % des suffrages exprimés.
« Invoquer aujourd’hui un nouveau référendum ne constitue pas une expression de souveraineté populaire, mais une tentative de contourner une décision déjà prise par le peuple congolais », estime l’opposition.
Le mouvement accuse également le pouvoir d’utiliser la guerre dans l’Est du pays comme argument politique pour justifier une éventuelle prolongation du pouvoir présidentiel. Félix Tshisekedi a récemment laissé entendre que la stabilité sécuritaire du pays pourrait influencer l’organisation des élections prévues en 2028.
Une position que le parti de Moïse Katumbi considère comme extrêmement dangereuse. « Conditionner les élections à la fin de la guerre revient à ouvrir la voie à une présidence à vie », dénoncent les opposants.
Dans sa déclaration, Ensemble pour la République critique aussi sévèrement la gestion sécuritaire du gouvernement dans l’Est de la RDC, où les combats contre les groupes armés se poursuivent, notamment face aux rebelles du M23.
« Ce n’est pas l’article 220 qui empêche de libérer l’Est. Ce sont l’absence d’une chaîne de commandement efficace et le détournement des fonds destinés aux opérations militaires », affirme le parti. « La Constitution n’est pas au front ; nos soldats, eux, y sont sans moyens. »
Du côté du pouvoir, Félix Tshisekedi défend la nécessité de réformes institutionnelles plus larges. Le président affirme vouloir moderniser certains mécanismes de l’État, notamment dans le domaine judiciaire et dans le cadre du partenariat stratégique en cours avec les États-Unis.
Le chef de l’État rappelle également que son parti historique, l’Union for Democracy and Social Progress (UDPS), avait déjà contesté la Constitution adoptée en 2006. « Je suis de l’UDPS. En 2006, l’UDPS avait dit que si elle arrivait au pouvoir, cette Constitution serait changée », a-t-il déclaré devant la presse.
Cette séquence politique intervient alors que le Parlement congolais examine actuellement une proposition de loi déposée par le député Paul-Gaspard Ngondankoy visant à encadrer l’organisation du référendum en RDC.
Le texte prévoit notamment un mécanisme exceptionnel de « changement constitutionnel » via une Assemblée constituante, tout en maintenant officiellement les protections de l’article 220. Mais pour l’opposition, cette initiative ouvre malgré tout la porte à de futures modifications plus profondes du système politique congolais.
Dans un pays marqué par plusieurs crises politiques liées aux questions de succession présidentielle, le débat autour de la Constitution réveille désormais de fortes inquiétudes au sein de la société civile, des partis d’opposition et d’une partie de la population.
À Kinshasa, beaucoup craignent que la RDC n’entre progressivement dans une nouvelle phase de confrontation politique majeure à l’approche de l’élection présidentielle de 2028.
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