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« LA GUERRE, IL N'Y A RIEN DE PIRE » : JEAN TURCO, 108 ANS, DERNIER TÉMOIN VIVANT D'UNE CAPTIVITÉ OUBLIÉE

À l'occasion des commémorations du 8 mai 2026, le doyen des Français a livré un témoignage d'une lucidité bouleversante. Cinq ans prisonnier des Allemands, deux tentatives d'évasion, un retour en France dans l'indifférence — Jean Turco porte en lui une mémoire que le monde ne peut pas se permettre d'oublier.

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Stephane WDK

Journaliste

10 mai 2026 à 02:54

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« LA GUERRE, IL N'Y A RIEN DE PIRE » : JEAN TURCO, 108 ANS, DERNIER TÉMOIN VIVANT D'UNE CAPTIVITÉ OUBLIÉE
En bref
4 min·10 mai 2026 à 02:54·Mis à jour 31 mai 2026 à 12:16
Temps de lecture estimé : 4 min · Publié 10 mai 2026 à 02:54

« LA GUERRE, IL N'Y A RIEN DE PIRE » : JEAN TURCO, 108 ANS, DERNIER TÉMOIN VIVANT D'UNE CAPTIVITÉ OUBLIÉE

À l'occasion des commémorations du 8 mai 2026, le doyen des Français a livré un témoignage d'une lucidité bouleversante. Cinq ans prisonnier des Allemands, deux tentatives d'évasion, un retour en France dans l'indifférence — Jean Turco porte en lui une mémoire que le monde ne peut pas se permettre d'oublier.


Un homme debout, une mémoire intacte

À 108 ans, Jean Turco marche presque sans aide et vit toujours chez lui, à Paris. Le doyen des Français ne ressemble pas à un homme qui a traversé la pire guerre du XXe siècle. Et pourtant. Quand il commence à parler, les décennies s'effacent, et les images remontent avec une précision troublante.

Né en 1917 à Villejuif de parents italiens, il a été naturalisé français à l'âge de 15 ans après avoir accepté d'effectuer ses deux années de service militaire. Une décision qui allait sceller son destin. « Je me suis retrouvé dans l'armée un an avant la déclaration de guerre », se rappelle-t-il.


La drôle de guerre, puis le chaos

Il passe l'automne et l'hiver 1939 en Alsace, dans une ville située à la frontière allemande. « Comme vous le savez, il ne s'est rien passé. C'est ce qu'on a appelé la drôle de guerre. On allait faire nos patrouilles. Les Allemands et nous, on essayait de s'éviter, jusqu'au mois de mai. »

Puis tout bascule. En 1940, lors de la courte et dévastatrice bataille de France, Jean Turco est blessé à Épinal par un éclat d'obus alors qu'il transporte des munitions — un événement qui lui laissera une importante cicatrice sur le bras. Faute de médecin disponible, c'est un interne encore en formation qui le soigne et extrait le shrapnel. Il racontera plus tard, avec un humour noir : « Quand je suis revenu en France, des médecins m'ont dit : "Mais quel est le cochon qui a recousu ça ?" »


Prisonnier par trahison

Face à l'avancée nazie, comme des centaines de milliers d'autres soldats français, Jean Turco reçoit l'ordre du maréchal Pétain de déposer les armes. « Puisque l'armistice était signé, on nous a dit "rentrez chez vous." » Mais la joie fut de courte durée : « Les Allemands nous ont dit : "Ah non, l'accord avec Pétain c'est que vous êtes donnés prisonniers." »

Direction Stuttgart. Jean Turco passe cinq années de captivité dans une usine allemande de mécanique de précision — lui qui est un jeune technicien diplômé. Un choix qui, paradoxalement, lui sauve la santé mentale. « Le fait de travailler, au moins, ça vous faisait oublier pendant un certain temps que vous étiez prisonnier. »

Le quotidien reste rude. « Vous aviez droit à une lettre par mois avec la famille, mais ça passait par la censure. Et de temps en temps, on recevait le paquet Pétain, avec quelques biscuits — des biscuits durs. »

Mais Jean Turco garde une image surprenante de ses geôliers au quotidien. « Contrairement à ce que je croyais, ils étaient tous gentils comme tout. Pas des hitlériens, juste de braves gens. »


Deux évasions, deux échecs

Cinq ans, c'est long. Il tente de s'évader deux fois. Sa première évasion l'emmène à vingt kilomètres de Strasbourg, mais une patrouille allemande le repère. Deux échecs qui se soldent par deux périodes à l'isolement. Mais l'usine, qui a besoin de son expertise, le reprend à chaque fois.


Un retour amer dans une France qui regardait ailleurs

En 1945, la libération arrive enfin. Mais le retour au pays est loin d'être triomphal. « On a beaucoup parlé de De Gaulle et des résistants, ce qui est très bien. Seulement, les historiens ont oublié de parler de l'armée française. On était les pestiférés. C'est nous qui avions perdu la guerre. »

Sa famille, elle, survit grâce à une solidarité inattendue. Des soldats américains d'origine italienne à Paris allaient rendre visite à sa mère. « C'était la "mama". Ils apportaient ce qu'il fallait, des pâtes, de la tomate. Grâce à ça, on n'a pas souffert. Ma mère leur faisait des spaghettis. »


Une vie après la guerre, une voix pour l'histoire

Après le conflit, Jean Turco a mené une carrière active dans l'automobile avant de s'engager en politique, devenant député de Paris durant les années 1970. Désormais âgé de 108 ans, ce père de trois enfants reste connecté au monde grâce à son smartphone et son ordinateur.

Alors que les derniers témoins directs de la Seconde Guerre mondiale s'éteignent les uns après les autres, la voix de Jean Turco est précieuse comme de l'or. À 108 ans, il porte encore sur ses épaules le poids d'une génération sacrifiée — et il le porte debout, la tête haute.

« La guerre, il n'y a rien de pire. »

Que ces mots résonnent longtemps.

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