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MASSACRE DANS L'EST DU CONGO : 69 CIVILS TUÉS EN SIX SEMAINES, UNE RÉGION À BOUT

Nord-Kivu / Ituri — Une nouvelle vague de violence plonge l'est de la RDC dans le deuil. Le bilan, alourdi semaine après semaine, illustre l'impuissance des populations face à des groupes armés qui frappent sans répit.

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Marie Kalenga

Journaliste

10 mai 2026 à 01:09

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MASSACRE DANS L'EST DU CONGO : 69 CIVILS TUÉS EN SIX SEMAINES, UNE RÉGION À BOUT
En bref
4 min·10 mai 2026 à 01:09·Mis à jour 10 mai 2026 à 18:03
Temps de lecture estimé : 4 min · Publié 10 mai 2026 à 01:09

Un bilan qui s'alourdit dans le silence

Entre le 1er janvier et le 9 février 2026, les attaques attribuées aux combattants des Forces démocratiques alliées (ADF) ont fait au moins 69 morts civils dans l'est de la République démocratique du Congo, selon les données compilées par la société civile et des sources locales.

Derrière ce chiffre, une géographie de la terreur prend forme. La province du Nord-Kivu concentre l'essentiel du bilan : dans les territoires de Lubero et de Beni, 63 civils ont été tués depuis le début de l'année. Lubero apparaît comme l'épicentre des violences, avec 52 morts. À ce bilan s'ajoutent six civils retrouvés morts dans la chefferie de Walese Vonkutu, au sud du territoire d'Irumu, dans la province voisine de l'Ituri.

Les modes opératoires se répètent avec une froide régularité. Les témoignages et les autorités locales décrivent des incursions nocturnes ou en début de soirée, des massacres de civils, des incendies d'habitations et la destruction d'infrastructures sociales. À Musenge, au moins 25 civils ont été tués en une seule nuit, tandis que des dizaines de maisons, un centre de santé et une église catholique étaient incendiés.


Des massacres qui ne s'arrêtent pas

La tragédie ne s'est pas arrêtée en février. En mars, au moins cinquante civils ont été tués par les ADF lors d'attaques dans le territoire de Mambasa, en Ituri, entre le 9 et le 15 mars. À Muchacha, site minier où l'or est exploité, trente-cinq personnes ont perdu la vie. Les assaillants occupaient toujours la zone, y poursuivant une exploitation illégale des ressources.

Le 2 avril, le village de Bafwakoa était à son tour ensanglanté. Selon plusieurs sources concordantes, les assaillants ont frappé en pleine nuit, tuant au moins onze personnes. Des habitations, des véhicules et des motos ont été réduits en cendres. Et le cycle infernal a continué : le 7 mai 2026, au moins dix civils ont été tués lors d'une attaque attribuée aux ADF à Biakato, chef-lieu de la chefferie des Babila-Babombi, dans le territoire de Mambasa.


L'effondrement silencieux des services de base

Au-delà des morts, c'est toute une vie sociale qui s'effondre. Dans le groupement Mwenye, cinq centres de santé et plusieurs postes de santé ont fermé leurs portes, faute de sécurité pour le personnel soignant. La paroisse catholique Saint Jean-Paul II de Masoya a suspendu toutes ses activités depuis fin janvier, prêtres et fidèles ayant quitté la zone.

Des milliers de familles ont abandonné leurs villages et vivent dans des conditions précaires, sans perspective immédiate de retour. À Mambasa, des centaines de familles errent vers Mambasa-Centre et Niania. Contraints d'abandonner leurs champs et leurs sites d'exploitation artisanale de l'or, ces déplacés internes plongent dans une précarité extrême.


Les ADF, une menace qui s'étend

Les ADF ne sont pas un groupe armé ordinaire. Affiliés à l'organisation État islamique depuis 2019, leurs attaques sont désormais plus coordonnées et plus meurtrières, visant aussi bien les civils que les infrastructures économiques stratégiques. Leur stratégie est calculée : le choix de cibler des sites miniers s'inscrit dans une logique bien connue — fragiliser l'économie locale, terroriser les populations et s'emparer de ressources susceptibles de financer leurs opérations.

Le rapport annuel 2026 d'Amnesty International dresse un tableau accablant : entre juillet et août 2025 déjà, les ADF avaient tué plus de 250 civils dans des attaques en Ituri et à Lubero, en représailles à des opérations militaires des forces congolaises et ougandaises.

Les appels au secours de la société civile

Face à l'urgence, les voix de la société civile s'élèvent, épuisées mais déterminées. Les organisations de la société civile, représentées par Samuel Kakule Kagheni, appellent les autorités congolaises à renforcer la protection des civils et à mettre en place des interventions rapides pour prévenir de nouvelles tragédies.

Le coordonnateur de la société civile de l'Ituri exige que la situation sécuritaire et humanitaire de la province soit traitée avec la même priorité que celle accordée au Nord et Sud-Kivu. Un appel qui résonne dans le vide, pendant que les corps continuent de s'accumuler.

Un contexte régional explosif

Ces massacres se déroulent dans un contexte plus large de crise généralisée. Selon Amnesty International, plus de 81 000 viols ont été commis entre janvier et septembre 2025 dans l'est de la RDC, soit une augmentation de 31,5 % par rapport à la même période en 2024. La MONUSCO elle-même a récemment condamné la recrudescence des attaques contre les civils, tout en reconnaissant les limites de son mandat.

Pendant que les diplomates négocient à Washington et que les accords de paix s'enchaînent, les populations de Lubero, de Beni, de Mambasa et de Biakato enterrent leurs morts. L'est du Congo brûle toujours — et le monde regarde ailleurs.

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